C'est Grishka qui vous propose la version officielle, mais étant directement mis en cause, je vous livre toute la vérité et rien que la vérité...
Dois-t-on interdire l’expérimentation animale ?
Tout avait commencé par une douce journée de printemps, à la limite du pays d’Aubagne que notre troupeau affectionne. Dans la plaine argileuse qui s'ouvrait devant elle, et où le petit village de Cuges les Pins étalait ses ruelles, se tenait l'avant garde des moutons. Du moins les quelques cobayes volontaires pour cette nouvelle sortie « test » sous la houlette du médecin de service.
L’ascension s’effectua comme prévu, les « gros » à la peine devant et les « gisclés » faciles, loin derrière… Le vallon H5N1 nous apporta un peu d’exotisme avec le croisement d’un élevage de poulettes « hors d’âge » et la découverte du « Mas de Frédéric » superbement retapé nous plongea dans un abîme de contemplation…
C’est au lieu-dit du puits de Peusque Merle que survint le premier incident.
La route du berger était barrée d’un clôture infranchissable électrifiée de 3m45 de haut ! Proposition était faite alors de poursuivre l’expérimentation en longeant l’obstacle pour rejoindre le fond d’un vallon sauvage où la main de l’homme blanc n’avait jamais risqué son crampon. L’ensemble du troupeau s’avança comme un seul mouton.
On peut s’interroger à ce stade sur les motivations qui poussent l’espèce ovine à tomber inéluctablement dans les mêmes panneaux, sans que la réflexion ne vienne jamais pondérer l’action. Peut-être faut-il trouver un élément de réponse dans l’attitude de chacun à ce moment précis de la sortie…
Pttsteph fredonnait l’air des Aventuriers de l’Arche Perdu, Endurostef, porté par la musique se prenait pour Doctor Jones, Grishka dégringolait déjà le long du grillage, Renato jouait l’équilibriste sur un tracé déviant, Doumé avait la tête ailleurs, M !K affichait un sourire béat, et moi, consterné, je leur emboîtais le pas (il faut préciser que nos vélos étaient déjà devenus superflus)…
C’est là que l’enfer a commencé.
Dans un enchevêtrement inextricable de lianes, d’arbustes et de ronces le mouton progressait avec peine, essayant de rester dans le lit d’un ruisseau disparu…
— C’est ce matin qu’il fallait rester dans le lit ! Maintenant c’est trop tard… Le moral en berne, Endurostef se traînait, à mille lieus de la superbe affichée dans les descentes techniques du Régagnas… Il titubait, perdait connaissance plusieurs fois, reprenait conscience. Il semblait souffrir énormément. Ensuite c'est arrivé à quasiment tous les autres. Ils sont tombés comme des dominos.
Le cobaye Pttsteph, un grand gaillard, a pris plus de temps à réagir. Il transpirait, il a enlevé ses protecs, s'est assis dans le lit du ruisseau. Il a demandé à voir le ciel, a fait quelques pas et s'est effondré.
Tout le monde gémissait, grognait. La plupart n'avaient pas l'énergie d'exprimer ce qu'ils ressentaient, ont raconté les rescapés.Seul Grishka, décrivait sa souffrance : il disait que sa tête lui faisait mal, qu'il ne pouvait pas respirer, il hurlait.
Les têtes de M !K et de Doumé avaient triplé de volume. Renato, avec sa poitrine et sa tête enflées ressemblait à Elephant-man…
Moi, je prenais des notes et consignais mes observations. Je vous les livre sans commentaire.